Ben Barka: le Maroc doit "dire toute la vérité sur ce dossier", selon une ONG
MARRAKECH (AFP) - Le Maroc "doit impérativement dire toute la vérité" sur "l'enlèvement et l'assassinat" en 1965 de Mehdi Ben Barka, célébre opposant de gauche dont le sort n'a jamais été élucidé, a affirmé samedi à Marrakech (sud) Mohamed Sebbar, président sortant du Forum vérité et justice (FVJ/indépendant).
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| Mohamed Sebbar, président sortant du Forum vérité et justice, le 11 décembre 2009 à Marrakech, au Maroc (© AFP - Abdelhak Senna) |
"Le martyr Ben Barka a été enlevé et liquidé sur une décision politique", a-t-il déclaré à l'AFP.
Le 3ème congrès du FVJ, commencé vendredi, se poursuit jusqu'à dimanche autour du thème "Mamfarkinch" ("Nous ne lâcherons pas"), une formule dialectale voulant dire, selon le FVJ, que "les militants ne cèderont pas tant que tous les dossiers des droits de l'Homme n'auront pas été réglés de façon définitive au Maroc".
"L'Etat marocain doit impérativement dire toute la vérité sur cette affaire (Ben Barka) pour prouver qu'on est effectivement entré dans une nouvelle ère, celle de la transparence et de la démocratie", a ajouté M. Sebbar, avocat du barreau de Rabat et lui-même ancien détenu politique.
Il a appelé les justices française et marocaine "à coopérer davantage", regrettant que la commission rogatoire française soit au point mort.
Mohamed Sebbar a demandé également à la France "la levée de la totalité du secret défense sur ce dossier".
Mehdi Ben Barka, chef de file de l'opposition marocaine en exil, a disparu le 29 octobre 1965 à Paris, lors d'une opération menée par les services marocains du roi Hassan II avec la complicité de policiers et de truands français.
Mohamed Sebbar a en outre appelé le roi Mohammed VI à "intervenir en personne" pour "relancer" la mise en oeuvre de l'ensemble des recommandations de l'Instance équité et réconciliation (IER).
Cette instance, créée par le souverain marocain au sein du Conseil consultatif des droits de l'Homme (CCDH/public), avait émis en 2005 une série de résolutions pour éviter de nouvelles atteintes aux droits de l'homme comme celles commises entre 1960 et 1999. Ces années ont été marquées par la répression des militants de gauche sous le règne du roi Hassan II.
Les membres du FVJ ont également plaidé pour la "fin de l'impunité" au Maroc et demandé à l'Etat de présenter "publiquement des excuses pour les exactions" commises par le passé.
"Les excuses publiques doivent être présentées par le sommet de l'Etat", a déclaré à l'AFP Khadija Menebhi, soeur de Saâdia Menebhi, une militante des droits de l'Homme décédée en 1978 des suites d'une grève de la faim alors qu'elle purgeait à Casablanca une peine de 5 ans de réclusion.
Amina Boukhalkhal, une autre congressiste de gauche, a appelé la justice à engager à des "poursuites judiciaires contre les auteurs des violations graves des droits de l'Homme au Maroc entre 1960 et 1999", ainsi qu'à la "révision de la Constitution".
Le FVJ, créé en 1999, est animé par d'anciens détenus politiques sous le règne de Hassan II. Il procèdera dimanche à l'élection d'un nouveau président en remplacement de Mohamed Sebbar, qui a achevé deux mandats. Trois candidats sont en lice pour lui succéder: Seddik Lahrach, Yousfi Abdelhak et Mustapha Manouzi.