Sida: les Marocains plus ouverts aux campagnes de dépistage
CASABLANCA (AFP) - L'ambiance est détendue à la gare routière Oulad Ziane de Casablanca, l'une des principales de la capitale économique du Maroc où une opération de dépistage du sida, anonyme et gratuite, est organisée par une ONG marocaine, fait rare dans un pays musulman.
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| Distribution de préservatifs à Casablanca le 24 mars 2010 (© AFP/Archives - Abdelhak Senna) |
Mohammed, la quarantaine, chauffeur d'un autocar assurant la liaison Casa-Marrakech (sud) vient de subir un test de dépistage du VIH effectué sur place par l'Association de lutte contre le sida (ALCS).
Cette opération est organisée à la veille de la 5ème Conférence francophone VIH/Sida par l'Alliance francophone des acteurs de santé contre le VIH (AFRAVIH) du 28 au 31 mars à Casablanca.
Arborant un large sourire, Mohammed déclare à l'AFP après un test: "Je n'ai rien. J'étais inquiet parce que j'ai eu un rapport sexuel non protégé il y a quelques mois".
Composée d'un médecin, d'un infirmier et d'un membre associatif chargé de la sensibilisation, l'équipe de l'ALCS effectue des dépistages réguliers à bord de camions modernes et spécialement équipés pour ces opérations, appelés "centres mobiles".
Mercredi à la gare routière, plus de 70 personnes, pour la plupart des chauffeurs de bus et des graisseurs, mais aussi des marchands ambulants et des courtiers ont ainsi bénéficié du dépistage.
"Il s'agit de tests dans des lieux ciblés comme les gares routières et les stations de taxis", précise Fouzia Bennani, directrice de l'association.
"J'ai des irritations au niveau génital, je vais en parler au médecin. Il y a une semaine, j'ai eu un rapport sexuel sans préservatif. Je n'ai pas pu l'acheter parce qu'on était dans un village", raconte Mustapha, un graisseur âgé de 20 ans.
A l'instar de ses collègues, Mustapha attend patiemment son tour pour être dépisté.
De temps en temps, l'un des membres de l'ALCS quitte le camion de dépistage pour distribuer les préservatifs. Les chauffeurs se les arrachent alors en quelques instants.
"Les mentalités ont évolué. Il y a six ou sept ans seulement, ils (les chauffeurs) n'osaient pas nous demander des préservatifs. Nous étions alors obligés d'expliquer longuement leur utilité. Aujourd'hui, ils se les arrachent", se félicite Hassan, l'un des membres d'ALCS.
Adossé à un autocar en attendant son tour, Abdellah, la trentaine, est un chauffeur qui assure la liaison Casablanca-Oujda (est) : "Le sida ? Je sais que c'est une maladie grave et qu'il faut faire attention au cours de l'acte sexuel (...) mais sans plus", ajoute-t-il.
La "sensibilisation est un enjeu fondamental. Les prospectus qu'on distribue en même temps que les préservatifs les aident à comprendre la maladie pour mieux la prévenir", explique le médecin de l'équipe.
Sous les regards curieux des chauffeurs, deux femmes, dont l'une portant un foulard noir, se dirigent vers le camion et demandent à être dépistées. Elles ont entre 30 et 40 ans.
"Ce ne sont pas forcément des prostituées. Les femmes restent nettement moins nombreuses, mais il y en a. A ce niveau aussi, l'évolution des mentalités incite à l'optimisme", ajoute le médecin.
En 2009, l'ALCS a pu tester plus de 27.500 personnes grâce aux centres mobiles, et plus de 9.400 dans les centres de dépistage fixes", souligne Mme Bennani.
Selon les derniers chiffres publiés fin 2009 par le ministère de la Santé, le Maroc compte 3.300 cas déclarés de malades du sida. Le nombre des séropositifs porteurs du virus est estimé à 25.000, indique-t-on au ministère.